Cette
formule de M. Dumoret, ancien Président de l'Association
des Anciens Élèves, résume fort bien
les conditions particulières qui ont permis la
naissance du lycée, auquel a donné son nom
Alexandre Emmanuel François Janson de Sailly. Celui-ci,
fils de « Bourgeois de Paris »,
naît le 26 juin 1785 au 51 de la rue d'Argenteuil,
dans la paroisse de Saint-Roch. Après des études
brillantes, il devient avocat dès 1806. Ses parents
étant décédés peu après,
il épouse en 1809 Marie Jeanne Joséphine
Berryer et entre ainsi dans une famille de magistrats
célèbres. Le jeune ménage connaît
une relative aisance (en témoignent, outre un hôtel
particulier à Paris, une maison de campagne et
une ferme de rapport) mais très rapidement une
brouille éclate, qui, après l'échec
d'une tentative de divorce par consentement mutuel
en 1815, se solde, à la demande de Madame Janson,
par une séparation de corps en 1821.
Cette même année, le mari, fort dépité,
fait un testament dans lequel il récuse tous les
legs antérieurs faits au profit de sa femme. Et
en 1828, ayant été entre-temps « abreuvé
de toutes les amertumes, accablé des plus noires
calomnies et condamné injustement par suite d'une
intrigue odieuse », il révoque ce qu'il
avait fait dans les testaments antérieurs en faveur
de tous ceux qui depuis l'ont « successivement
tourmenté, abandonné et trahi »,
fait un legs particulier en faveur de Lucien Bellan jeune
orphelin qu'il a distingué quelques années
plus tôt et auquel il veut assurer « l'éducation
la plus brillante et la plus utile » et abandonne
l'essentiel de sa fortune à l'Université,
« laquelle voudra bien créer à
Paris une institution sous le nom de Collège Janson
où des jeunes gens distingués par leur amour filial
et âgés au moins de douze ans recevront l'éducation
des humanités ».
Décédé l'année suivante,
il est inhumé au Cimetière Montmartre. Sa
veuve, ayant hérité de sa propre famille
un goût très prononcé pour la procédure,
décide d'attaquer le testament et introduit
contre l'Université plusieurs demandes en
déchéance. Mais elles sont toutes rejetées
et, en 1876, après sa mort, l'Université
peut mettre en vente les biens provenant de la succession
Janson et récupère la coquette somme de
2.600.000 F. Et aussitôt est autorisée la
création du Collège Janson par décret
du Président Mac-Mahon soit près d'un
demi-siècle après le testament du généreux
donateur.
L'air des campagnes...
C'est, selon l'astronome
M. Faye, qui préside la première distribution
des prix, l'argument décisif qui a fait pencher
en faveur de Passy le choix de l'emplacement du futur
établissement. Un magnifique terrain de près
de 33.000 m² est acheté entre les rues de la
Pompe, de Longchamp, Herran et Descamps.
La première adjudication
est lancée en juillet 1881 et la cérémonie
de la pose de la première pierre a lieu le 15 octobre de la
même année, sous la présidence de
Jules Ferry, Président du Conseil, ministre de
l'Instruction Publique et des Beaux Arts, en présence
de très nombreuses personnalités, parmi
lesquelles le Préfet de la Seine, le Maire du XVIème
arrondissement, Henri Martin, ainsi que Victor Hugo.
Le lycée des temps nouveaux
C'est de ce titre que Jules Ferry
pare Janson dans son discours. Et il précise "quelle différence
entre le lycée d'autrefois et le lycée d'aujourd'hui !
Puisque l'internat est une nécessité sociale, nous le
voulons désormais aussi éloigné que possible de l'idéal
claustral et quasi monastique qui a présidé à la construction
des vieux lycées de notre Paris, et aussi rapproché que
possible de l'idéal moderne, vivant et lumineux, que nous
rêvons pour les demeures de l'enfance".
Il faut rappeler à ce propos qu'avant 1880 Paris ne comptait
que cinq lycées: Louis-le-Grand, Henri IV, Saint-Louis,
Charlemagne, Fontanes (le futur Condorcet), et la région
parisienne, un seul: le lycée Michelet à Vanves. Or, les
effectifs scolaires ont quadruplé depuis 1820, et il convient
désormais de construire massivement. Et c'est ainsi qu'entre
1880 et 1900 vont être construits, outre Janson de Sailly,
Voltaire, Buffon, Montaigne, le Petit Condorcet, ainsi
que plusieurs lycées de filles: Fénelon, Racine, Molière,
Lamartine et Victor Hugo.
Janson acquiert rapidement une réputation de "lycée vaste, aéré, lumineux et sain, de jeunesse élégante, fringuante, studieuse,
victorieuse dans les études et dans les sports".
À une époque où l'on ne connaît pas encore les contraintes
de la carte scolaire, cette réputation y amène "des élèves non seulement du XVIème
arrondissement, mais de tout Paris, de la province, de
toute l'Europe, des trois Amériques, d'une grande partie
de l'Asie et de l'Afrique, d'Océanie et d'ailleurs" (Jules
Moog).